Je devais revenir pour mon congé du 12 au 21 avril mais comme l’état de santé de C se détériorait rapidement, j’ai demandé à mon patron si je pouvais descendre une semaine avant. Je savais que C ferait l’impossible pour attendre que je revienne mais je ne voulais pas la faire souffrir inutilement. Y me parlait tous les jours et elle souffrait de plus en plus. La morphine ne suffisait plus à la soulager. Je suis donc revenue une semaine plutôt, soit le 5 avril. C’est M, le frère d’Y qui est venu me chercher à l’aéroport. Deux ans auparavant, il était dans la même situation qu’Y, sa femme est décédée d’un cancer du sein et c’est lui qui a pris soin d’elle jusqu’à ce qu’elle meure.
On a beaucoup parlé M et moi, il disait qu’il trouvait ça extrêmement difficile de voir C dans cet état là, que ça lui rappelait trop de mauvais souvenirs. Je lui ai demandé son avis sur son état de santé et il disait sensiblement la même chose qu’Y, elle souffrait beaucoup, dormait de plus en plus, avait de moins en moins de souffle.
Pendant tout le trajet vers la maison, je refoulais mes larmes, je devais être forte pour elle, pour Y aussi. J’avais hâte d’arriver pour lui faire un câlin, lui dire que je l’aimais. Je n’avais aucune idée dans quel état je la retrouverais, j’avais bien de la difficulté à m’en faire une image.
Quand je suis arrivée, elle dormait dans son lit, qui avait été transféré au salon. Le salon était devenu sa chambre, c’était plus simple comme ça, c’était plus grand et elle pouvait se coucher même s’il y avait de la visite. J’étais tellement soulagé de la voir, de voir qu’elle était encore en vie, qu’elle me reconnaissait. Parce qu’Y m’avait raconté qu’elle avait parfois des hallucinations, qu’elle voyait des gens, pour la plupart des gens décédés, et qu’elle ne reconnaissait pas toujours le monde.
Je lui ai fait un gros câlin, je l’ai serré dans mes bras très longtemps et je lui ai dit que j’étais contente d’être arrivée plus tôt. Que j’avais pris 2 semaines de congé juste pour elle. Elle était contente de me voir, elle n’arrêtait pas de dire « ma petite » et de me serrer les mains.
Quand je suis arrivée (le samedi), elle était encore assez autonome, elle trouvait la force pour se lever pour faire ses besoins, se lever pour faire le transfert du lit au fauteuil et vice versa. La morphine en comprimé ne suffisait plus alors le mercredi soir, l’infirmière est venue lui installer une pompe à injection automatique. À partir de ce soir là, son état s’est dégradé très rapidement.
Cette nuit là, elle a été incapable de se lever pour faire pipi. Comme c’est une très grande femme et qu’elle avait pris beaucoup de poids durant sa maladie, il nous était impossible à deux de la soulever sans risquer de l’échapper ou de la blesser. Nous avons du lui demander de faire pipi dans son lit. On avait installer un piqué sous ses fesses pour ne pas mouiller son lit. Elle souffrait, mais elle avait encore toute sa tête. Au début, elle ne voulait pas du tout. Mais nous n’avions pas le choix. À contrecoeur, elle a accepté, au bord des larmes, réalisant elle aussi qu’elle n’avait d’autre choix.
Ses reins ne fonctionnaient plus beaucoup depuis quelques jours, elle urinait à peine. Mais cette nuit là, on a du la changer à trois reprises. Chaque fois, on lui installait un piqué, on la lavait comme il faut, on la séchait et on la réinstallait confortablement dans son lit. Et chaque fois, elle s’excusait de nous faire travailler autant. Pauvre C… si tu savais ! J’aurais fait ça pendant 10 ans si ça m’avait permis de te garder à mes côtés plus longtemps.
Le jeudi, je devais aller à la maison parce que j’avais trouvé un acheteur pour ma voiture. C était bien contente de savoir qu’enfin, je me débarrassais de ma voiture. Quand je suis partie le matin, je lui ai dit que j’allais faire ça vite, que je devais aller rejoindre la fille chez moi, ensuite passer au bureau des licences. La fille faisait 2h30 de route pour venir chercher la voiture et elle devait être chez moi à 11h. Je suis arrivée un peu plus tôt pour aller la laver et passer la balayeuse partout.
À 11h, elle m’a appelé pour me dire qu’elle décollait de chez elle… Je n’étais pas contente, mais je ne pouvais pas faire grand chose d’autre que de l’attendre. Elle est finalement arrivé vers 13h30. Elle a essayé la voiture, on est passé au bureau pour faire le transfert des immatriculations et on est retourné à la maison pour le paiement.
Je venais tout juste d’arriver chez moi quand Y m’a appelé. Il m’a demandé si j’arrivais bientôt et je lui ai dit que je partais dans quelques minutes, que ça avait été plus long que prévu. Et il a ajouté « Fais ça vite, si tu veux avoir le temps de voir C, ça ne va pas bien du tout ». Je suis partie à pleurer… devant la fille. Je me suis excusé en lui expliquant brièvement la situation, elle est partie et je suis rentrée immédiatement chez Y. J’ai pleuré une bonne partie du trajet, je savais que la fin arrivait.
Quand je suis arrivée, elle était dans un état comateux, elle ne pouvait plus parler du tout. Mais elle entendait, parce qu’on lui demandait de serrer les mains ou de cligner des yeux pour nous dire ce qu’elle voulait et elle le faisait. Elle respirait péniblement et le taux d’oxygène dans son sang était très bas, malgré l’oxygène qu’elle avait en permanence.
Ce soir là, on a appelé toute la famille pour leur dire de venir la voir une dernière fois. On ne croyait pas qu’elle passerait la nuit. Presque tout le monde est venu, c’était tellement triste, tout le monde pleurait, ça été une soirée très difficile. Les gens ont quitté assez tard en soirée et nous sommes allés dormir, Y et moi. Y dormait à côté d’elle, sur le divan. On a du se lever 4 ou 5 fois durant la nuit pour la changer. Ses reins n’avait pas fonctionné pendant près de 48h et maintenant, c’était l’inverse, elle urinait souvent, même si elle ne buvait plus aucun liquide.
Elle a passé la nuit, à notre grand étonnement. Vers l’heure du diner, L, la meilleure amie de C est passé et à trois, on a voulu changer son lit pour lui mettre des draps propre et changer le matelas de mousse pour qu’elle soit mieux. On a réussi à l’asseoir sur le côté du lit et j’ai changé le lit pendant qu’Y et L la tenait. Mais quand on a voulu la réinstaller, on a été incapable de le faire. J’ai donc appelé le frère de C en renfort, qui habite quelques maisons plus loin mais il n’y était pas. C’est ma tante et mes deux cousines qui sont venues nous aider. À 6, on a réussi à la réinstaller mais elle allait de moins en moins bien. Je crois que de l’avoir déplacé a fait accélérer les choses…