Le journal de M

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Mercredi 23 Juillet 2008 à 14h28

C avait son rendez-vous chez l’oncologue quelques jours après mon départ. J’étais impatiente de savoir si le cancer avait progressé ou non. Finalement, tout était stable, encore une fois. On était en novembre et son prochain rendez-vous était en janvier. Chaque rendez-vous était un supplice, on s’attendait toujours à une mauvaise nouvelle mais heureusement, depuis plus d’un an, tout était stable.



J’étais soulagé de sa réponse, c’est comme si je me sentais un peu moins coupable d’être partie. La culpabilité… c’est tellement pas facile de vivre avec ce poids là sur les épaules. Je pensais à elle tous les jours et je me disais que la pire chose qui pourrait arriver, c’était qu’elle nous quitte rapidement, sans que j’aie le temps de la prendre dans mes bras, de lui dire que je l’aimais, une dernière fois. Ça m’obsédait. J’ai fait 6 semaines au chantier, avant de revenir pour les fêtes. On s’appelait régulièrement et on jasait tous les jours via MSN. Heureusement qu’il y avait internet au chantier…



Noël approchait et chaque année, C préparait quelque chose pour la famille et les amis. Je savais que ça la préoccupait et qu’elle aurait aimé recevoir alors je lui ai proposé de m’en occuper. Je devais revenir en ville vers le 20 décembre, ça me donnait donc quelques jours pour tout préparer. Et je me disais que ça serait beaucoup plus simple pour elle de recevoir chez elle que d’aller en visite. Si elle était fatiguée, elle pourrait aller se reposer. Quand je lui ai offert, elle n’a pas voulu tout de suite. Elle disait que j’aurais trop de boulot, que j’étais en congé, qu’elle ne voulait pas m’imposer ça mais ça me faisait vraiment plaisir de le faire pour elle et elle a finalement accepté.



Le jour de Noël, on a reçu toute la famille de C chez elle, c’était vraiment plaisant. On avait organisé un échange de cadeau, qu’on a fait ce jour là. On se disait que c’était peut-être notre dernier Noël avec elle et tout le monde était là. On a pris beaucoup de photos et on a profité de chaque moment. À la fin de la journée, elle était épuisée mais tellement contente d’avoir vécu ces moments là, d’avoir vu tout le monde.



J’ai passé encore une fois du très bon temps avec eux. Sur les 18 jours de congé que j’ai eu, j’ai dormi chez moi seulement 2 fois. J’ai passé le plus clair de mon temps avec C et Y, en famille. J’ai été super gâtée, encore une fois. Je n’avais plus le goût de repartir mais C m’a dit « Allez ma petite, vas-y, faut que tu rembourses ces dettes là au plus sacrant, on va s’appeler, on se lâchera pas ».



À la fin de l’année, j’avais déjà remboursé 10 000$, j’avais un bon bout du chemin de fait. J’avais calculé qu’à ce rythme là, j’aurais remboursé la totalité de mes dettes au début du mois d’août, ce qui veut dire 27 000$ en un an. En ville, je gagnais 25 000$ brut par année, moins toutes mes dépenses. J’étais consciente de la chance que j’avais eue. Rembourser ce montant là en ville, au salaire que je faisais, me paraissait irréalisable. Je me disais qu’après un an, je pourrais arrêter et revenir en ville et profiter du temps qui restait avec C, si elle était toujours là.

Le 7 janvier, je retournais au chantier. C avait son rendez-vous chez l’oncologue le même jour. C’est F qui est venu me porter à l’aéroport. J’avais dormi chez moi la veille, comme les autres fois. Je suis repartie encore une fois le cœur lourd mais rempli de souvenirs et de bons moments passés avec C et Y. Avant de partir, C m’a promis qu’elle me donnerait des nouvelles en revenant de chez le médecin, mais j’ai attendu toute la journée, en vain… Je suis retournée à ma chambre à la fin de ma journée de travail, en m’imaginant tout plein de scénarios…