Le journal de M

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Samedi 19 Juillet 2008 à 10h59

De retour, avec un peu plus d'un mois d'absence...


Je devais être à l’aéroport à 7h le matin et c’est F qui est venu me porter. J’étais triste ce matin là, de devoir quitter ceux qui m’étaient cher et de mettre de côté toutes les activités auxquelles je tenais. J’avais le cœur gros, mais en même temps j’étais contente d’avoir la chance de pouvoir rembourser quelques dettes assez rapidement.

Quand je suis partie, j’avais près de 27 000$ de dettes, incluant mon prêt étudiant, des dettes accumulées suite à ma vie commune avec S, un emprunt que j’ai du faire suite à ma séparation d’avec S et ma voiture de rallye. Je ne savais pas pour combien de temps j’en aurais là bas, mais je savais que c’était pour quelques semaines au moins, voir une dizaine.

J’avais négocié un salaire de 1 000$ brut par semaine, pour 60h de travail, en plus d’être logée, nourrie et d’avoir le câble fourni. Je venais tout juste de renouveler mon bail, j’avais donc mon loyer, l’électricité, le téléphone, le câble et internet, même si je n’étais pas à la maison. F habitait avec moi depuis mai, ce qui lui laissait l’appart pour lui tout seul. J’avais laissé Bibi à la maison, ma chatte de 3 ans, puisque F était là et qu’il voulait l’avoir avec lui.

F est resté à l’aéroport avec moi jusqu’à temps que j’embarque dans l’avion. Heureusement, nos départs se font dans un aéroport privé et on doit arriver seulement 45 minutes avant le départ du vol, ce n’est donc pas très long ni compliqué pour l’embarquement. J’étais triste, mais j’étais décidé à partir. J’ai embrassé F en lui disant qu’on allait s’appeler et je suis partie.

Après 2h de vol, je suis arrivée à Nemiscau. Le décor était à couper le souffle. De petits sapins de rien, beaucoup de verdure et d’étendue d’eau. Du haut des airs, c’était vraiment beau. La piste d’atterrissage de l’aéroport est en gravier, j’étais très surprise de voir que ça. J’étais vraiment excitée d’arriver au chantier, j’avais hâte de voir comment c’était là bas.

Quand je suis entré dans la bâtisse, la fille que j’allais remplacer m’attendais. J’ai ramassé mes bagages et on est allé vers le chantier. Pour entrer sur le site, on doit passer par la guérite, j’étais bien impressionné de voir à quel point c’était rigide comme règle. On est passé par l’accueil, pour aller faire faire ma carte d’accès et aller chercher la clé de ma chambre.

Sur le campement, on dort dans des dortoirs. Chaque dortoir possède une quinzaine de chambre individuelle, dépendamment des bâtisses, en plus des douches, des toilettes et des lavabos communs, de la salle de lavage et du salon. On est vraiment bien installé pour un campement en plein milieu de nulle part. Dans toutes les chambres, le câble est fourni, on doit seulement avoir notre télé.

J’ai défait mes bagages, installé ma chambre et je suis ensuite parti au boulot. Ma chambre était tout juste devant ma roulotte de chantier alors je n’avais pas long à marcher pour aller au travail, c’était bien pratique les jours de pluie ! Quand je suis arrivée, Carole a essayé de me montrer le plus de choses possibles parce qu’elle quittait 3 jours plus tard pour ses vacances. J’ai donc fait le tour des formulaires à remplir pour en prendre connaissance et j’ai pris le plus de notes possibles.

Le lendemain, elle n’est pas rentrée au boulot et j’ai du me débrouiller toute seule. Le téléphone n’arrêtait pas de sonner et je ne savais pas trop quoi répondre aux gens, je trouvais que j’avais l’air d’une vraie folle. Mais je me suis finalement très bien débrouillée, j’ai pris les messages en leur expliquant la situation et en leur mentionnant que j’allais les rappeler dès que j’avais les réponses. Ici dans le Nord, si tu n’es pas trop du système « D », tu t’en sors très mal et c’était pas un problème pour moi alors tout a très bien été.

Chaque jour, C m’appelait pour me raconter sa journée, me dire comment elle allait. Elle avait des bonnes journées, et d’autres moins bonnes avec beaucoup de douleur. Heureusement qu’il y avait le téléphone, je pouvais rester en contact avec elle et Y et ça m’inquiétait un peu moins. Je savais que s’il arrivait quoi que ce soit, Y m’appellerait et je prendrais l’avion pour aller la voir. J’avais avisé mon employeur de la situation dès le départ et on avait convenu que si C n’allait pas bien, je revenais en ville.

J’ai fait 40 jours au chantier, avant de revenir pour mon congé. Je partais en congé du samedi au lundi, ce qui me donnait 8 jours complets de congé et 2 jours pour le voyagement. Je m’étais fait plusieurs amis alors quand j’allais en congé, j’étais contente mais j’avais hâte de revenir pour les voir et retomber dans ma routine de chantier.

Je suis donc partie en congé et j’avais tout plein de trucs à raconter. Tout le monde voulait savoir comment c’était là bas et comment ça se passait. J’avais pris plusieurs photos de l’endroit et ça donnait une bonne idée du portrait. Quand je suis arrivée à l’aéroport, F est venu me chercher mais Y et C étaient là aussi. J’étais tellement contente de revoir C, elle avait fait 1h de route pour venir me voir et je savais que c’était exigent pour elle.

J’ai fêté mes 30 ans au chantier et C et Y étaient très déçue que je ne sois pas avec eux pour fêter ça. Ils disaient qu’on avait 30 ans seulement une fois dans notre vie et que c’était important de souligner ça. À l’aéroport, C m’a remis une petite boîte avec une carte. Dans la carte, ça disait qu’elle m’offrait un présent qui avait une grande valeur à ses yeux, que c’était un cadeau qu’elle avait reçu de sa mère quand elle était adolescente et qu’elle voulait que ça soit moi qui l’ait. J’ai ouvert la boîte et il y avait une bague en or, avec ma pierre de naissance qu’elle avait fait changer pour moi. J’étais très émue, son geste m’a énormément touché. Je l’ai serré dans mes bras et je lui ai dit que je l’aimais beaucoup et que j’appréciais tellement qu’elle soit dans ma vie.

J’ai passé mes journées de congé plus chez eux que chez moi. J’ai dormi 2 fois chez moi sur les 10 jours. C’était vraiment important pour moi de passer du temps avec C, on savait tous les deux qu’on avait pas énormément de temps devant nous, qu’elle finirait par partir, tôt ou tard. Pendant que j’étais là, ça permettait aussi à Y de relaxer un peu et de prendre du temps pour lui, même si c’était juste pour aller prendre un café quelque part.

La veille de mon départ, j’ai eu toute une surprise. Ça faisait déjà un bon moment qu’ils organisaient leur affaire et je me suis rendu compte de rien. J’avais dormi chez moi le samedi pour faire mes bagages et pouvoir passer la journée du dimanche avec eux, avant de repartir pour 5 ou 6 semaines. Quand je suis arrivée le matin, il y avait déjà plein de monde d’arriver, les frères et sœur de C et Y, mes cousins, mes cousines, même les cousines de C, que je ne connaissais pas beaucoup encore. J’avais vu certaines seulement une ou deux fois, mais tout le monde était là.

Je suis restée surprise quand je suis rentrée mais C m’a dit que c’était pour la fête de Francis, mon cousin par alliance. Je n’ai pas dit un mot mais je commençais à douter, je me disais qu’il n’aurait pas organisé tout ça sans m’en parler. Finalement, après quelques minutes, ils ont sortis le gâteau et se sont mis à me chanter bonne fête. Je crois que de toute ma vie, je n’ai jamais été aussi émue que ce jour là. Tout le monde était là, pour moi ! Du monde que je connaissais depuis même pas un an encore, qui s’était déplacé pour me fêter et passer du temps avec moi. Encore aujourd’hui, ça me touche énormément quand je pense à ce jour là.

J’ai eu plein de cadeaux, ma voiture était pleine quand je suis repartie. Et c’était tous des cadeaux que j’avais mis sur ma liste. J’ai toujours une liste de cadeau à jour, des trucs que j’aimerais avoir. J’ai pris cette habitude là parce qu’à chaque fête, on nous demande toujours ce qu’on aimerait avoir et d’habitude, on sait jamais quoi répondre. Moi j’ai toujours ma liste de prête, ya plein de trucs sur ma liste, autant des choses à 1$ que des trucs plus dispendieux. C avait imprimé ma liste en cachette et l’avait distribué alors tout le monde a acheté un truc qui était sur ma liste.

Ce jour là, j’ai reçu beaucoup de cadeaux mais ce qui m’a touché le plus, c’est la générosité des gens, la pensée, leur présence. J’ai été au bord des larmes une bonne partie de la journée tellement j’étais émue. Et dans chacune des cartes que j’ai reçues, il y avait un petit mot qui disait qu’ils étaient heureux que je sois maintenant dans leur vie, après toutes ces années. Je n’oublierai jamais cette journée là. Et C était tellement fière d’elle, d’avoir réussi à cacher tout ça sans que je me rende compte de rien. Ils avaient prévu leur coup depuis longtemps, j’avais même reçu des cadeaux le lendemain de mon arrivée. J’ai passé une des plus belles journées de ma vie, entourée de gens que j’aimais et qui m’aimaient, même ma cousine S était là.

Le lendemain, je retournais au chantier, avec plein de souvenirs en tête. J’étais triste encore une fois, de me séparer de C mais heureuse en même temps de retourner au travail, revoir toute ma gang et de rembourser mes dettes. En 4 semaines de travail, j’avais réussi à rembourser 2 000$ et tout ce qui m’importait, c’était d’en rembourser d’avantage. Le seul objectif de mon départ dans le grand Nord c’était pour rembourser mes dettes et je comptais bien y rester le plus longtemps possible.