Fin juin 2007, j’ai perdu mon emploi. Je ne m’y attendais pas du tout et j’ai pris la nouvelle assez durement. Mon patron n’arrêtait pas de dire que je travaillais vite et bien, qu’habituellement ça prenait environ 1 an avant de bien maîtriser tous les dossiers et qu’il était très satisfait mon travail. J’avais commencé en octobre 2006 et dès mon retour au travail après les fêtes, j’avais eu une augmentation salariale sans que j’en fasse la demande. J’avais même eu 2 semaines de congé payé pour les fêtes.
J’étais très déçue parce que j’adorais mon travail, j’avais à me déplacer pour rencontrer des clients et j’ai appris énormément de choses grâce à ma collègue de travail qui était comptable agréée et qui se faisait un plaisir de répondre à mes questions et de me donner de l’information sur plein de sujets.
Étant sans travail, j’en ai donc profité pour passer d’avantage de temps avec C. J’allais la voir presque tous les jours et on passait des heures à discuter. J’avais 1h de route à faire pour me rendre mais je le faisais avec plaisir. J’en profitais pour aider Y du mieux que je pouvais, j’allais faire des commissions pour eux, je préparais les repas. Comme Y était très occupé avec la maison, les commissions, les soins pour C, ils commandaient toujours du restaurant. Une journée, C m’a confié qu’elle commençait à être tanné de manger du resto alors je lui ai demandé de me faire une liste de plat qu’elle aimait. Le lendemain, je suis passé à l’épicerie et je suis arrivée chez elle avec tous les ingrédients pour faire les plats qu’elle m’avait écrit et j’ai fait des recettes pendant 2 jours, que j’ai fait congeler en portion individuelle dans des plats de plastique. Elle était vraiment contente et ça me faisait plaisir de la voir sourire.
Lundi le 29 juillet, j’ai reçu un téléphone pour un travail à la Baie James. J’avais déjà eu l’opportunité de le faire à 2 reprises quand j’étais avec S mais il n’a jamais voulu que j’y aille en me disant que si je partais, il me laisserait. Alors j’ai refusé le travail à chaque fois, même en sachant que c’était vraiment une très belle chance pour moi de rembourser mes dettes puisque les salaires qui sont offerts sont vraiment alléchants.
Au téléphone, la dame qui m’a appelé avait travaillé avec P, ma meilleure amie. P travaillait sur les chantiers depuis 4 ans déjà et c’était toujours grâce à elle que j’avais été contacté. Je devais remplacer la fille qui m’appelait et je devais lui donner une réponse pour 16h maximum pour qu’elle puisse réserver mon billet d’avion. Le problème, c’est que si j’acceptais, je prenais l’avion le mercredi matin à 7h et j’avais plein d’engagements dans les jours à venir.
En 1h30, j’ai réussi à trouver quelqu’un pour me remplacer comme capitaine d’une équipe de balle molle pour un tournoi qui avait lieu la fin de semaine qui arrivait. La fin de semaine suivante, j’avais une course de prévue et je devais copiloter un coéquipier avec qui j’avais fait le championnat cette année là. J’ai finalement réussi à trouver quelqu’un pour me remplacer et mon coéquipier a terminé sur le podium. L’autre fin de semaine suivante, j’avais une autre course de prévue, je devais donner la formation des copilotes le samedi et j’étais commissaire pour le dimanche. Après quelques appels, j’ai réussi à me trouver un remplaçant.
Ça été les 90 minutes les plus longues de toute ma vie. Je changeais d’idée au 5 minutes, j’avais envie de partir mais en même temps, j’avais plein d’engagements pour lesquels j’avais envie d’y être. Et il y avait C aussi, j’avais l’impression qu’en partant pour la Baie James j’allais manquer du temps avec elle que je ne pourrais jamais reprendre. F habitait avec moi depuis le mois de juin et je l’ai appelé pour lui en parler. Il m’a dit de partir, d’en profiter pendant que l’occasion passait, que quelques mois c’était vite passé et qu’il allait s’occuper de l’appartement et de mon chat. J’allais appeler la dame pour lui dire que je n’acceptais pas le travail mais j’ai réussi à rejoindre ma cousine pour lui parler de tout ça. Quand je lui ai dit que j’avais décidé de ne pas y aller, elle m’a dit « Voyons M, c’est la chance de ta vie ! Depuis le temps que t’essayes de rembourser tes dettes, penses-y, en quelques mois ce serait réglé. »
J’ai raccroché avec ma cousine et j’ai rappelé la dame pour lui dire que je partais. J’avais une seule journée pour préparer mes bagages, aller visiter Y et C pour leur annoncer la nouvelle. Quand je suis arrivée chez eux, C a tout de suite senti que je n’étais pas comme d’habitude. Quand je leur ai parlé de l’offre que j’avais eue et que j’avais pris la décision de partir, C est partie à pleurer. Je savais très bien à quoi elle pensait… Il ne lui restait pas des années devant elle et je partais à l’autre bout du Québec.
C était très triste et ça me brisait le cœur de la voir pleurer, je savais qu’elle avait beaucoup de peine de me voir partir. Mais comme toujours, elle m’a réconforté en me disant que j’avais pris la bonne décision. Que son cœur aimerait que je reste auprès d’elle mais que sa tête comprenait très bien les raisons qui me motivaient à partir. Elle m’a dit « Vas-y ma petite et rembourse-moi ces dettes là au plus sacrant ! »
Le lendemain j’ai préparé mes bagages et en fin d’après-midi, j’avais terminé. Je suis donc retourner chez Y pour passer la soirée avec eux. Je voulais passer le temps qui me restait avec C, je ne voulais pas manquer une seconde du temps que j’avais de disponible avec elle. Quand je suis reparti, tard en soirée, on s’est serré fort dans nos bras en pleurant. Je lui ai dit que je l’aimais et que j’avais peur qu’il lui arrive quelque chose pendant que je serais là bas. Y m’a promis de m’appeler s’il y avait quoi que ce soit.
J’ai pris l’avion le lendemain, en route vers une grande aventure…