Le journal de M

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Lundi 2 Juin 2008 à 8h22

Décembre 2006. Depuis ma première rencontre avec Y, j’ai essayé à plusieurs reprises de discuter avec ma mère de ce qui s’était passé mais elle a toujours refusé de répondre à mes questions. Dans sa tête, elle croyait que j’essayais de lui tendre un piège mais tout ce que je voulais d’elle, c’était la vérité, une fois pour toute. Je ne cherchais pas à l’accuser de quoi que ce soit, seulement qu’elle me raconte ce qui s’était vraiment passé, mais c’était peine perdue…

Elle croyait que Y m’avait tourné la tête, qu’il m’avait raconté tout plein de choses contre elle et que je tentais de voir si elle allait me raconter la même chose. Évidement, comme elle a raconté plusieurs choses différentes, elle devait croire que je la contredirais tout le temps. Mais la vérité, c’est que Y a toujours pris sa défense quand je parlais contre ma mère.

Ce que ma mère m’avait raconté d’Y ne collait vraiment pas avec la personne que moi je connaissais maintenant. C’était un homme généreux et aimant, il donnait beaucoup de son temps pour les gens qu’il aimait. Il avait pris sa retraite pour prendre soin de sa femme malade et ne pensait plus qu’à elle, son confort et son bonheur depuis maintenant un an. Il n’avait rien de l’image de l’homme violent que je m’étais faite de lui.

Quelques jours avant Noël, j’ai téléphoné ma mère pour lui poser quelques questions. Le ton est monté, comme bien des fois où j’ai essayé de lui parler. Elle croyait dur comme fer que Y était déterminé à me mettre ma mère à dos en me racontant des choses contre elle, qu’il m’avait carrément laver le cerveau. Notre discussion s’est terminée assez rudement. J’ai essayé de lui expliquer que j’avais un besoin vital de savoir ce qui était arrivé, que ça faisait partie de ma vie et que j’avais besoin de recoller les morceaux du casse-tête manquants. Elle a fini en me disant que je n’avais qu’à rester avec lui et ses histoires.

Le soir du nouvel an, C et Y m’avait invité au restaurant avec toute la famille, c’était une tradition familiale à chaque année. Ce soir là, F m’accompagnait et nous avons eu une très belle soirée. Après la soirée, je retournais chez mon frère, on avait planifié F et moi que je dormirais chez lui. Juste avant, j’ai fait un détour pour aller voir mon père et lui souhaiter bonne année.

Mes parents sont ambulanciers et ce soir là, mon père travaillait. Je suis allée le voir pour discuter un peu. Quand je suis arrivée, mon père est sorti de l’ambulance pour venir me parler. Il était comme d’habitude et je lui ai souhaité une belle année 2007 ainsi que toutes les choses qu’il désirait. Il m’a souhaité la même chose et nous nous sommes embrassés.

Tout de suite après, mon père m’a demandé d’arrêter de harceler ma mère. J’ai répondu à mon père que je ne la harcelais pas, que je tentais seulement d’obtenir des réponses sur mon passé, que selon moi c’était un devoir pour elle de répondre à mes questions. J’avais beau argumenté avec mon père, il n’y avait rien à faire. Ma mère avait déjà raconté sa version à mon père et il tentait de la protéger et n’écoutait pas ce que j’avais à dire. Je savais très bien que ma mère avait joué son jeu pour que mon père prenne sa défense et croit que j’avais agi incorrectement envers elle.

Le ton a monté un peu avec lui aussi, malheureusement. Je me suis rarement disputé avec mon père mais ce soir là, la conversation a pris un déroulement auquel je ne m’attendais pas du tout. Toute ma vie, mon père m’avait toujours dit que si un jour je prenais contact avec Y il comprendrait, que s’il était à ma place, il voudrait sûrement savoir d’où il vient. J’étais donc convaincue à ce moment là que mon père me comprenait un peu, malgré ma mère et ses manigances.

Mais ce soir là… mon père est allé trop loin. Je conviens que ma rencontre avec Y a pu le blesser et qu’il ait peut-être pensé perdre sa place dans mon cœur mais ça n’excuse pas ses paroles. Ce soir là, mon père m’a dit que de toute sa vie il ne me pardonnerait jamais d’avoir rencontré Y. Je n’en revenais tout simplement pas. Je lui ai dit que c’était un hypocrite, que de mon côté j’avais toujours été honnête et que pour moi, rien n’avait changé entre nous mais que je ne pouvais pas en dire autant de son côté. Je lui ai précisé que j’ai pensé toute ma vie que si un jour je le rencontrais il allait me comprendre et ne m’en voudrait pas mais que maintenant qu’on était rendu à ce moment là, c’était totalement différent.

J’étais tellement en colère et surtout, profondément blessée. C’est comme si mon père m’avait dit qu’il me reniait et qu’il ne voulait plus rien savoir de moi. Je n’avais rien fait de mal, je n’avais rien caché à personne et j’ai voulu éviter le plus de blessures possible en leur disant mes intentions. De toute ma vie, je ne te pardonnerai jamais… ces paroles retentissaient dans mes oreilles, dans ma tête. Je ne m’y attendais pas du tout ! Ma réplique a été cinglante, mais je la pensais réellement. J’ai répondu à mon père que Y n’avait peut-être pas connu sa fille, mais que eux n’allaient jamais connaître leurs petits enfants et je suis partie.

Pour moi, cette phrase était pleine de sens et exprimait très bien ce que je pensais, même si j’étais pleinement consciente que mon père avait pu être blessé profondément par mes paroles. De mon point de vue, je lui répondais que comme il ne me pardonnerait jamais quelque chose dont je n’étais pas coupable, c’est comme s’il me chassait de sa vie et par conséquent, si moi je n’étais plus dans sa vie, mes enfants ne le seraient pas davantage.

Ce soir là, j’ai pleuré toute la nuit et F était là pour me consoler. Je m’étais souvent disputé avec ma mère mais mon père n’avait jamais coupé les liens avec moi, même si ça ne faisait pas l’affaire de ma mère. Je détestais ma mère, j’aurais voulu la savoir morte et qu’elle n’ait plus aucune emprise sur personne. Cette fois-ci, je n’avais surtout pas l’intention de m’excuser pour quelque chose que je n’avais pas commis, comme je l’avais toujours fait auparavant. J’avais toujours été celle qui faisait les premiers pas, qui s’excusait quand je n’avais rien fait. J’avais décidé de respecter ma décision, j’en avais assez de jouer la comédie pour les autres, pour que tout ait l’air de bien aller pendant que ce n’était pas le temps. Et surtout, je voulais que les gens voient enfin ma mère, telle qu’elle l’était.

Quelques mois plus tard, j’ai revu mes parents lors d’une journée cabane à sucre que mon frère et F avait organisé avec des amis. Comme toujours, quand ma mère m’a vu elle a joué la comédie en me disant bonjour, avec un grand sourire, toute de bonne humeur, comme si rien ne s’était passé. Je n’avais surtout pas envie de jouer son jeu, mais je ne voulais pas non plus créer un malaise pour les gens qui étaient avec nous, alors j’ai simplement répondu bonjour, assez froidement pour qu’elle comprenne que je n’avais pas envie de lui parler et faire comme si rien n’était arrivé.

Quand je suis déménagée, mes parents m’avaient prêté une télé parce que celle que j’avais, l’écran était égratigné et on voyait moins bien l’image. Quelques semaines après l’épisode de la cabane à sucre, ma mère a voulu récupérer sa télé. Mais plutôt que de m’appeler comme le ferait un adulte, elle a appelé mon frère pour qu’il m’appelle et me demande de lui rapporter sa télé. J’ai simplement répondu à mon frère que si elle voulait sa télé, qu’elle m’appelle… autrement, elle ne l’aurait pas. Elle n’a jamais rappelé… J’ai attendu un moment et j’ai moi-même appelé mes parents pour aller leur porter. J’ai récupéré quelques trucs à moi qui restaient chez eux par la même occasion.

Ma mère avait gardé dans une boîte les trucs que Y m’avait fait parvenir quand j’étais petite et je voulais les récupérer. J’ai appelé chez mes parents et j’ai demandé à ma mère si je pouvais récupérer cette boîte. Elle m’a répondu que c’était quelque part dans le sous-sol et qu’elle n’avait pas le temps de fouiller. Qu’elle m’appellerait quand mes parents feraient le ménage en bas et qu’ils tomberaient dessus. Un peu avant Noël 2007, mon frère m’a appelé pour me dire qu’il avait quelque chose à me remettre. Je ne pensais plus à ça depuis un bon moment déjà. Quand je suis arrivée, j’ai aperçu la boîte et il m’a simplement dit que ma mère lui avait demandé de me remettre ça. Aucun appel de sa part pour me faire savoir qu’elle avait retrouvée la boîte. Je ne m’attendais pas à autre chose de sa part. J’espérais qu’un jour elle finisse par vieillir un peu et qu’elle agisse en adulte, mais je me rendais bien compte que ce n’était pas le cas, et que probablement ça ne le serait jamais…