Le journal de M

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Samedi 31 Mai 2008 à 9h41

Juillet 2006. Y m’appelle, C est entré d’urgence à l’hôpital d’Ottawa. Elle avait de plus en plus de misère à respirer, elle suffoquait. Son cancer primaire était dans les poumons et elle avait en plus quelques masses dans l’abdomen, cancéreuses elles aussi.

Après quelques tests, les médecins voient qu’elle a de l’eau sur les poumons et que c’est pour ça qu’elle a de la difficulté à respirer. Ils lui ont donné des médicaments pour enlever l’eau mais ça n’a pas fonctionné. Elle était à l’hôpital depuis quelques heures déjà et C était très confuse à cause de tous les médicaments qu’elle avait pris. Plus ça allait, plus elle avait de la misère à respirer, c’était douloureux et elle avait l’impression de respirer à travers une paille. Dans l’après-midi, sa tête est devenue mauve en l’espace de quelques secondes. Y a sonné pour les infirmières et est sorti de la chambre en criant de venir, que c’était urgent.

Dans le temps de le dire, il y avait 3 infirmières et un médecin dans la chambre. Ils ont installé un drain dans ses poumons en urgence, pour pouvoir enlever du liquide, elle était entrain de se noyer. Ensuite, ils ont soufflé une poudre qui devait servir à coller l’enveloppe du poumon à ce dernier parce que ça c’était décollé. J’imagine que c’est parce qu’il y avait trop d’eau. Ça a fonctionné pour un poumon, mais pas pour l’autre.

C dépérissait à vue d’œil et elle était très faible. Ma cousine J se mariait la fin de semaine suivante et les médecins l’ont laissé sortir. On a su par la suite que les médecins l’avaient laissé sortir parce qu’ils pensaient que ça serait sa dernière sortie, qu’il ne lui restait que quelques jours à vivre. Mais C s’en est sorti et les médecins en ont été très étonnés. Elle a été plusieurs jours très faible mais tranquillement, elle remontait la pente.

Après cet événement, je me suis encore plus rapprochée d’eux. Je voulais profiter au maximum du temps que je pouvais passer avec C. J’allais les voir presque tous les jours ensuite. Je ne travaillais pas encore, à part pour quelques contrats temporaires à l’occasion. J’arrivais en avant-midi et je repartais après le souper. Je faisais à manger, quelques commissions et quand j’étais là, Y pouvait souffler un peu et aller faire des commissions la tête en paix, en sachant que quelqu’un était avec elle.

En août, j’ai déménagé dans mon appartement et en octobre, j’ai trouvé du travail à quelques minutes de chez moi, dans un bureau comptable. J’y allais moins souvent mais on se parlait via MSN tous les jours et on s’appelait. J’allais passer une soirée à l’occasion durant la semaine, j’avais 1h de route à faire pour me rendre chez eux. Et tous les week-end, j’y étais aussi.

Je prenais plaisir à écouter C me raconter toutes sortes d’histoires. On a ri beaucoup ensemble, on a échangé et on a beaucoup parlé de mon histoire aussi. Je réalisais beaucoup de choses concernant ma mère, ce qu’elle m’avait dit, ce qu’elle avait fait et avec C, j’étais très à l’aise d’en parler. Et je savais qu’elle gardait pour elle ce que je lui disais, qu’elle n’en parlait pas à Y.

J’ai pu tout lui dire, comment je me sentais face à Y, face à elle, face à mes parents maintenant. Elle comprenait que pour moi, dans mon cœur, mon père aurait toujours cette place là à cause de tout ce qu’on avait vécu ensemble. Que j’étais heureuse que Y soit revenu dans ma vie, mais que je ne pouvais pas effacer 28 ans passés avec mon père et sa famille, MA famille.

C avait des hauts et des bas avec sa maladie. Ses hauts n’étaient jamais très hauts et c’est bas étaient souvent très pénible à vivre pour elle. Après son épisode à l’hôpital ou sa tête est devenue mauve, elle a du avoir l’oxygène en permanence. Ils ont installé une machine à la maison et quand elle avait des sorties à faire, elle avait des bonbonnes portatives. Toutes les semaines, la compagnie d’oxygène appelait pour savoir combien elle avait besoin de bouteilles pour passer la semaine, en fonction des sorties qu’ils avaient à faire.

Malgré sa maladie, C combattait très fort. Après avoir essayé 3 traitements différents qui ne fonctionnait pas pour ce qu’elle avait, les médecins lui ont proposé un médicament encore à l’étude. Ça fonctionnait sur très peu de gens mais pour elle, ils avaient visé dans le mille ! À partir de novembre 2006, tout s’est stabilisé, son cancer n’évoluait plus, on avait enfin trouvé le bon médicament pour elle.

Cette année la, j’ai fêté mon premier anniversaire avec eux, ensuite mon premier Noël. Nos premières fêtes en famille. J’ai été très gâtée et je ne me sentais pas très à l’aise devant autant d’amour. J’ai toujours eu beaucoup de difficulté à recevoir, que ce soit un présent ou une marque d’affection. J’en avais tellement de leur part que petit à petit, j’ai commencé à accepter ce qui venait d’eux, à ne pas me sentir envahi ou bousculé.

Avec C je n’avais aucun problème, c’était plus avec Y que j’en avais. J’étais réticente un peu, j’avais peur de me laisser aller, je ne sais pas trop pourquoi. Peut-être était-ce du à l’image que j’avais de lui auparavant, elle restait peut-être encrée dans mon subconscient.

Le temps passait et je m’attachais de plus en plus à eux. J’avais des sentiments très fort envers C, plus fort que tout ce que j’avais connu auparavant. J’avais vraiment des sentiments mère/fille envers elle et je n’avais jamais ressenti ça avant. Je me sentais bien avec elle, je me sentais appréciée telle que j’étais, je me sentais aimée et désirée. Quand j’étais là, il n’y avait plus rien d’autre qui existait, elle passait du temps avec moi et je sentais qu’elle l’appréciait autant que moi.

Plusieurs fois C m’a dit que pour elle, j’étais la fille qu’elle n’avait jamais eue. Que toute leur vie, elle et Y avait prié pour que je revienne un jour dans leur vie. C’est bizarre parfois comment la vie peut être faite. C n’avait jamais été malade de toute sa vie, c’était une femme très sportive, elle pétait le feu. Soudainement elle tombe malade et moi j’arrive dans leur vie à ce moment là. On aurait pu avoir de belles années ensemble, faire des activités, voyager mais elle n’en avait plus la force aujourd’hui.

On essayait toutes les deux de voir ça du bon côté, en nous disant que j’aurais pu ne jamais revenir, que j’aurais pu arriver beaucoup plus tard dans la vie d’Y, qu’elle soit déjà partie et qu’alors on ne se serait jamais connu. Pour elle aussi, c’était un baume sur son cœur parce qu’elle savait maintenant qu’Y ne serait pas seul quand elle partirait. Qu’elle nous quitterait en sachant qu’Y m’avait retrouvée et ça la soulageait beaucoup de savoir ça, elle avait le cœur léger…