Le journal de M

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Jeudi 29 Mai 2008 à 7h40

24 avril 2006. F a essayé plusieurs fois de me convaincre de garder le bébé, il s’occuperait de moi et du bébé, il prendrait ses responsabilités et il s’arrangerait pour qu’on ne manque de rien mais ma décision était prise depuis longtemps déjà. Il a demandé à m’accompagner mais ma mère s’était offerte pour venir avec moi et je préférais ça comme ça.

Le rendez-vous était tôt le matin. Une fois arrivé sur place, on m’a donné une jaquette d’hôpital et des pantoufles à mettre. Je devais attendre qu’une infirmière m’appelle pour la suite. Ensuite, je me suis rendu dans une petite salle pour qu’on prenne mes signes vitaux et une infirmière m’a expliqué comment ça se déroulerait. J’avais le choix entre 2 options comme anti-douleur, soit un comprimé qui agirait pendant un bon moment, ou un espèce de gaz que je respirerais uniquement durant le temps de l’intervention. Pour choisir cette option, je devais avoir des signes vitaux normaux et ne pas être stressée. Comme j’étais très calme, j’ai pu choisir la 2e option.

Quand le médecin a été prêt à faire l’intervention, je suis allée dans la salle d’avortement. Je me suis couchée sur une table, les pieds dans les étriers, comme pour un accouchement. Ils ont fait un examen gynécologique pendant qu’ils m’installaient le masque qui dégageait la substance gazeuse qui me rendrait un peu zombie. J’avais ma musique dans les oreilles et tout ce que je devais faire, c’était de me concentrer à prendre de grandes respirations pour que le gaz aille dans mes poumons.

Je n’ai rien senti durant l’intervention et ça n’a duré que quelques minutes. Après, je suis allée dans la salle de repos avec les autres filles qui avaient subi la même chose avant moi. Je ne me souviens plus combien de temps j’y suis resté mais ils s’assurent que nos signes vitaux sont corrects et qu’il n’y a pas de complication suite à l’intervention.

Il y avait une fille à côté de moi qui pleurait. Je n’avais pas vraiment envie de parler mais je crois que de son côté c’était différent parce qu’elle s’est mise à me raconter son histoire. Elle pleurait comme une madeleine et me racontait que c’était la 3e fois qu’elle subissait un avortement. Plus elle me racontait son histoire, plus je me disais que ça n’avait pas de bon sens. Un 3e avortement, elle ne prenait pas la pilule et ne se protégeait pas. J’ai bien du mal à comprendre les filles qui se servent de l’avortement comme d’un moyen de contraception… Elle me racontait qu’elle trouvait ça difficile, que ça la touchait beaucoup. Je la trouvais un peu épaisse de me raconter ça comme ça, j’avais l’impression qu’elle voulait faire pitié mais j’avais juste envie de lui crier que j’en avais rien à foutre de son histoire, que si elle était un brin intelligente, elle se protégerait pour ne pas que ça lui arrive.

Je n’ai eu aucune complication, j’ai pu quitter dès que ma période d’attente s’est terminée. Je devais me reposer et prendre du Tylenol si j’avais du mal, m’assurer qu’il n’y ait pas de gros caillots qui se forment et que ça ne soit pas plus abondant que lorsque j’avais mes règles. J’ai dormi presque tout le chemin du retour, plus parce que ça ne me tentait pas de parler avec ma mère que parce que j’étais fatiguée.

Quand je suis arrivée chez mes parents, je suis descendue en bas me reposer et F est venu me voir dans l’après-midi. Il s’est couché avec moi et m’a flatté le bedon en me demandant si ça faisait mal et si j’allais bien. Il est resté tout l’après-midi, étendu à mes côtés. Pendant 3 jours, je n’ai pas fait grand-chose à part écouter des films, manger et me reposer, comme le médecin avait demandé.

Je devais retourner voir les médecins quelques semaines plus tard pour vérifier que tout allait bien et cicatrisait comme il le faut mais je n’y suis pas allée. Je ne voyais pas l’intérêt de me déplacer une autre fois, tout s’était bien passé et je n’avais eu aucune anomalie.

Quand j’ai été voir mon médecin de famille pour mon rendez-vous, je lui ai expliqué que j’avais subi un avortement et quand il a fait mon examen gynécologique, il m’a confirmé que tout était parfait. Par contre pendant mon entretien, il m’a dit quelque chose qui m’a un peu ébranlée. J’ai beaucoup de problème avec ma glande thyroïde et depuis 7-8 ans, elle est très basse et malgré la médication, je n’arrive pas à avoir un taux moyen, ce qui fait que j’ai énormément de difficulté à maintenir mon poids. J’ai pris près 75 lbs depuis les 10 dernières années et c’est en grande partie à cause de ce problème. Mon médecin m’a confié être très étonné que je sois tombé enceinte parce que ma glande fonctionnait mal et que bien des femmes avec ce problème avaient beaucoup de difficultés à tomber enceinte. Je me suis alors demandé si j’allais pouvoir en ravoir un jour.

Avec F, on a continué à se fréquenter, même après l’avortement. Je me disais que ça changerait sûrement le cours de notre relation mais F était de plus en plus présent.