Le journal de M

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Lundi 26 Mai 2008 à 14h16

Retour à la maison, ça été les 100 km les plus longs de toute ma vie… J’ai finalement appelé S, qui m’avait offert de m’accompagner en me disant que c’était son devoir d’être là, qu’il se sentait un peu coupable et concerné mais moi je préférais y aller seule. Quand il a répondu, je lui ai dit que tout avait bien été mais que j’avais eu une nouvelle qui m’avait assommée encore plus que de savoir que j’étais enceinte. J’imaginais déjà son grand sourire de satisfaction et surtout celui de l’autre, qui jubilerait de savoir que finalement, ce n’était pas de lui. J’ai pris mon courage à deux mains et je lui ai dit que selon la grosseur du fœtus, ce n’était pas lui le père. J’ai ajouté que j’avais eu des relations avec un autre mais qu’on s’était toujours protégé et que c’est pour cette raison que j’étais persuadé que c’était lui. En fait, j’avais la certitude que c’était lui quand je l’ai appelé pour lui annoncer mais la vie s’est chargée que ça se passe autrement.

Quand je suis arrivée chez mon frère, je devais l’annoncer à F. Lui qui m’avait proposé de le garder et de s’en occuper comme si c’était son propre enfant, comment allait-il réagir maintenant qu’il saurait que c’était son enfant à lui ? J’ai demandé à lui parler en privé et je lui ai dit que j’avais une mauvaise nouvelle à lui annoncer. Que selon les résultats que j’avais eu à la clinique, c’était lui le père et non pas S.

Il y a eu un long moment de silence et il m’a ensuite demandé ce que j’allais faire. J’ai répondu que je ne voulais pas le garder. Il a eu l’air sous le choc et il a essayé de me convaincre de le garder en me disant qu’il allait s’en occuper, qu’il voulait prendre ses responsabilités, que même si on était pas un couple présentement, on pourrait essayer et voir si ça pourrait marcher. Mais je savais déjà qu’avec lui ça ne marcherait pas, il y avait trop de choses qui me dérangeaient de lui…

F était beaucoup plus jeune que le monde qu’il fréquentait. Il avait seulement 21 ans et la majorité avaient environ 25 ans. Il n’avait pas vécu autant de choses que les autres et j’ai l’impression qu’il se sentait moins important à cause de ça. Alors il inventait toutes sortes d’histoires pour se sentir intéressant. À l’entendre parler, on lui aurait donné 40 ans tellement il avait vécu de choses.

Il a raconté tellement de choses, que même lui ne savait plus ce qui était vrai ou faux. Quand je l’ai rencontré, je ne savais pas qu’il était comme ça. Et je ne me suis pas tout de suite rendue compte qu’il racontait autant de mensonges. Mais les semaines passaient et je me suis rapidement rendu compte que ça n’allait pas. Il m’avait raconté qu’il était surdoué à l’école, qu’il avait sauté 2 ans au primaire, qu’il avait été à l’université. Quelques semaines plus tard, on jouait à un jeu de société en gang et il avait de la misère à lire des phrases toutes simples.

Il m’avait raconté qu’il avait travaillé dans l’ouest canadien, qu’il avait eu un camion 10 roues à lui, qu’il avait travaillé dans la construction. Tout le monde savait qu’il inventait des histoires, qu’il comptait des menteries mais personnes lui disait. C’est arrivé à l’occasion que pendant qu’il racontait quelque chose, un des amis lui dise que ce qu’il racontait n’était pas vrai et qu’il lui donne une preuve de ce qu’il avançait mais il réussissait toujours à s’esquiver en disant qu’il s’était trompé, que ce n’était pas ce qu’il avait dit ou qu’on avait mal compris.

Je ne faisais pas de cas de cette situation, parce qu’on ne formait pas un couple et que je savais que ça n’arriverait pas non plus. Pour l’instant, il était dans ma vie parce que ça faisait notre affaire à tous les deux. Il était seul, je l’étais aussi et on attendait rien de l’autre en retour.

Je savais donc dès le début de notre relation que ça n’irait jamais plus loin et qu’on ne formerait jamais un couple. Il n’était pas mature et je ne me voyais pas du tout avoir un enfant avec un enfant. Même si je savais qu’il était sincère, je considérais que je n’étais pas en mesure d’avoir un enfant à cette période de ma vie, pour plusieurs raisons. Ça l’a beaucoup affecté, je crois qu’il espérait que je finirais par changer d’idée. Il en avait parlé à sa mère et elle envisageait ça positivement. Quand je l’ai annoncé à mes parents et que je leur ai dit que je ne le gardais pas, ma mère a essayé, elle aussi de me faire changer d’avis, en me disant que j’étais assez vieille pour prendre mes responsabilités et qu’ils allaient être là pour moi.

Je m’étais toujours dit que si je tombais enceinte un jour, peu importe la situation, j’allais le garder. J’étais une fille responsable, j’avais toujours pris mes précautions et j’avais beau virer la situation de tous bords, tous côtés, je ne voyais pas comment je pouvais faire autrement. J’étais prête à devenir mère, mais je pensais au bébé en premier en prenant ma décision. F n’avait jamais eu de boulot fixe, il n’était jamais satisfait de rien et changeait de boulot au 6 mois. Je ne pouvais donc pas compter sur lui financièrement et de mon côté, je ne travaillais pas non plus. Alors pour moi, c’était déjà tout décidé. Quand j’aurai un enfant, c’est que je serai en mesure de l’élever convenablement et que je serai certaine qu’il ne manquera de rien.

J’avais rendez-vous pour mon avortement à la fin du mois d’avril. Pendant les 3 semaines où j’ai attendu le rendez-vous, F prenait soins de moi et on a beaucoup parlé. Après avoir été chez le médecin, j’ai recommencé à fumer. C’est bizarre, parce que je n’avais pas envie de recommencer. Je ne bois pas mais j’ai viré 2-3 brosses assez solide dans ces 3 semaines d’attente. Je n’avais pas fumé de pot depuis des années et comme mon frère est un fumeur régulier, j’en ai fumé aussi. Je ne sais pas trop comment l’expliquer, mais c’était comme si en faisant ça, c’était des raisons supplémentaires pour ne pas garder le bébé. Et ça mettait F dans tous ses états, je voyais bien que ça le dérangeait. Je suppose qu’il espérait que je changerais d’idée…