Avec mon frère, ça allait bien, on parlait beaucoup et il voyait bien que ça n’allait pas, que c’était l’enfer avec S. Heureusement, j’avais F qui me comblait d’affection. J’ai hésité un moment avant de me laisser aller… F avait seulement 21 ans, j’en avais 28 et je savais très bien que si j’étais dans ses bras, c’était parce que j’étais en peine. En tant normal, ça ne serait jamais arrivé. À son âge, on s’attache facilement et je ne voulais surtout pas lui faire du mal. J’ai été franche avec lui et il m’a répondu qu’il ne me demandait rien de plus et pour être franche, j’avais besoin d’affection plus que n’importe quoi d’autre à ce moment là.
La semaine, je retournais chez moi, dans ma maison. S n’était là que pour dormir le jour. À mon retour du travail, plus souvent qu’autrement il était déjà partie chez « l’autre » et on ne se voyait pas beaucoup. Heureusement, parce que quand il était là, ça finissait toujours en engueulade. Il était incapable de me répondre correctement et moi je perdais les pédales chaque fois qu’il ouvrait la bouche parce qu’il ne me parlait pas comme il faut.
Je ne le reconnaissais plus. Jamais, en 5 ans de vie commune, il n’avait agi de la sorte envers moi. Depuis que sa relation était devenue officielle avec elle, un mois après qu’il m’est dit que lui et moi c’était terminé, c’était l’enfer. C’est comme si tout à coup j’étais devenu un chien galeux ou une menace à son nouveau couple. Toutes les belles paroles qu’il m’avait dites au début s’étaient envolées. Lui qui avait promis que ça se passerait bien faisait maintenant tout ce qu’il pouvait pour me faire suer, me faire réagir et j’avais l’impression que ça l’amusait.
Un matin, j’en ai eu assez, on était en début de semaine. J’ai appelé ma cousine pour lui demander si elle pouvait venir m’aider à faire des boîtes. J’ai appelé mon amie C pour lui demander des boîtes, elle était déménagé quelques mois auparavant et elle avait gardé ses boîtes. J’ai appelé mes parents pour leur demander si je pouvais mettre mes affaires dans leur sous-sol. Je n’aurais pas grand chose, seulement mon lit, 2 bureaux et des boîtes avec couvercles, toutes de la même grandeur que je pouvais empiler les unes sur les autres. J’ai appelé mon frère pour lui demander s’il était disponible pour déménager mes trucs le week-end qui s’en venait.
En une journée, j’ai organisé tout mon déménagement. Le lendemain, ma cousine était là pour faire des boîtes avec moi et j’ai pratiquement tout paqueter cette journée là. J’étais bien organisée, il ne me manquait plus qu’une remorque, puisque mon frère avait un petit camion.
La veille de mon déménagement, j’ai appelé un couple d’ami à S et moi. B était le patron de S et leur amitié s’était développé au début de notre relation. Je m’entendais très bien avec B et F, sa conjointe. Quand S m’a annoncé qu’il me quittait, j’ai passé beaucoup de temps avec eux les premiers temps. Mais à un certain moment, ils m’ont demandé de ne plus leur parler de ça, parce que ça les affectait eux. À ce moment là, il y avait seulement quelques personnes à qui je pouvais me confier et j’ai trouvé ça très difficile de me faire dire ça. Je n’arrivais pas à comprendre comment on pouvait dire à un ami qui, selon toute vraisemblance, avait besoin d’aide et de parler, qu’on ne voulait plus l’écouter. J’ai accepté leur commentaire et je ne leur en ai plus parlé.
Donc la veille de mon déménagement, j’appelle B pour lui emprunter sa remorque. C’est F qui répond mais elle avait vraiment un drôle d’air au téléphone. Je lui ai demandé pour la remorque et elle m’a répondu d’attendre un instant, qu’elle me passait B. B a répondu et il avait lui aussi un très drôle d’air et quand je lui ai demandé pour la remorque, il a répondu d’un air assez bête, qu’il ne savait pas si ça lui tentait de me la prêter. J’ai alors demandé c’était quoi le problème et pourquoi ils me parlaient comme ça, avec un air bête. J’avais été manger au resto avec F 2 soirs auparavant et on avait passé une très belle soirée. Je ne comprenais donc pas pourquoi on me recevait de la sorte.
J’ai demandé si j’avais fait quelque chose de mal dont je n’étais pas au courant et B m’a alors répondu que j’avais dit à S des choses sur eux et qu’ils n’étaient pas content. Encore une fois, la claque que j’ai reçue ! Je n’en revenais pas ! Comment des AMIS peuvent prendre quelque chose pour acquis sans même vérifier auprès de la personne concernée ? Et si je n’avais pas appelé ce jour là, je l’aurais su quand, comment ? J’étais tellement enragée. Premièrement, me faire faire ça par des gens que je croyais être mes amis et deuxièmement, de voir à quel point S pouvait être aussi vicieux. J’étais complètement assommée. J’étais vraiment fâché et j’ai répondu à B qu’au bout du compte, je ne perdais pas grand chose avec eux, que des amis auraient pris la peine de vérifier si oui ou non j’avais dit certaines choses et si je les avais dites, dans quelle circonstance ça c’était produit. Des amis n’auraient pas porté un jugement aussi rapidement, sans même voir si l’autre personne avait quelque chose à dire pour se défendre.
Quand j’ai raccroché, j’ai éclaté en sanglot. Comment tout ça pouvait-il être possible ? Tout me filait entre les mains, tout n’allait pas bien. Il n’y avait qu’au travail que ça allait. Heureusement, j’ai eu la chance d’avoir une patronne qui m’écoutait et qui comprenait ma situation. Je faisais ce que j’avais à faire, mais je n’avais plus le même enthousiasme et elle n’a jamais dit un mot là dessus.
J’appelle donc mon frère en pleurant, en lui disant que je n’aurai pas de remorque pour déménager mes affaires. Je raccroche, découragée comme jamais. Mon frère me rappelle quelques minutes plus tard en me disant qu’il a téléphoné le voisin de mes parents, qui se trouve à être le maire de la ville, et pour qui mon frère a déjà travaillé pour me dire qu’il nous prête son gros camion et sa remorque et tout ça gratuitement. Je n’ai que l’essence à payer pour le déménagement. Il m’annonce qu’il sera chez moi tôt le lendemain, avec des amis, pour venir me déménager. J’ai raccroché avec un sourire, en me disant que finalement, tout ne pouvait pas mal aller.
J’appelle donc mes parents pour les aviser que mon déménagement est prévu le lendemain et leur dire vers quelle heure je vais arriver pour mettre mes trucs dans le sous-sol. C’est mon père qui répond et il me répond qu’ils n’ont plus de place dans le sous-sol, qu’ils sont entrain de refaire les armoires de la cuisine et que le sous-sol est plein de matériel. À ce moment, je me dis que j’ai mal entendu, que ça ne se peut pas… J’ai téléphone au début de la semaine et tout était correct. Comment pouvaient-ils me faire ça !? Depuis mon départ de la maison familiale à 16 ans, je n’ai jamais eu besoin d’eux, je ne leur ai jamais rien demandé et LA fois où j’ai besoin d’eux, ils n’y sont pas ?! J’étais tellement en colère ! J’ai raccroché et je me suis effondrée…
J’ai appelé ma grand-mère, en dernier recours, pour lui expliquer la situation. Je n’arrêtais pas de pleurer et elle voyait bien que j’étais désemparé. Elle m’a dit de ne pas m’inquiéter, que je pouvais mettre mes affaires dans son sous-sol aussi longtemps que j’en avais besoin. Heureusement que ma grand-maman était là parce que ce jour là, je ne sais pas ce que j’aurais fait sans elle…
J’ai rappelé mon frère pour lui dire que les parents ne voulaient pas de moi chez eux. Je devais m’installer dans le sous-sol chez mes parents pendant quelques mois, histoire de me remettre solidement sur pied et de me trouver un nouvel appartement. On était en mars et je me disais que maximum fin août, je serais partie, ce qui faisait donc 6 mois pour me « reconstruire ». Je n’avais plus de meubles, plus d’appartement et j’avais besoin d’un peu de temps pour remettre mes idées en place.
Je ne savais vraiment pas où aller, ma grand-mère m’avait proposé de prendre la chambre d’amis mais ça m’aurait fait près de 2h de route à faire soir et matin pour aller au boulot. Alors mon frère m’a proposé de m’installer chez lui, en attendant. Il avait discuté avec F pour lui demander si c’était correct avec lui et il a dit oui tout de suite. Il m’a même proposé de m’installer un peu, qu’il me ferait de la place dans ses bureaux. Mais à ce moment là, je n’avais pas l’intention de rester bien longtemps avec eux. J’ai beaucoup apprécié l’offre de mon frère et ça nous a rapproché lui et moi, dans les mois qui ont suivi.
Deux ou trois semaines après, mon père m’a fait une place dans le sous-sol, où j’ai pu au moins mettre mon lit. Alors je me suis promené pendant quelques mois, de mon lit à celui de F. Quand j’avais besoin de solitude, j’allais dormir chez mes parents et quand j’avais le cafard et que je ne voulais pas me retrouver seule, j’allais dormir chez mon frère.
Tranquillement, ma vie reprenait un rythme un peu plus normal. Mes émotions avaient joué au yo-yo pendant un moment et ça se calmaient petit à petit. Bien sûr, j’avais des hauts et des bas, je suis passé par toutes les gammes des émotions, autant avec S et mon entourage « d’avant » qu’avec mes parents, mon frère ou même F.
Au boulot, ça allait bien aussi. Ma patronne n’en revenait tout simplement pas de la rapidité à laquelle je faisais face à toutes ces situations. Mais pour moi c’était normal, j’ai toujours été comme ça et pour s’en sortir dans la vie, j’ai toujours foncé tête première. Advienne que pourra…