Le journal de M

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Jeudi 22 Mai 2008 à 9h18

Fin janvier. Jusque là tout avait bien été, on avait beaucoup discuté et S m’avait assuré qu’on ferait ça calmement, qu’on prendrait notre temps et que rien ne pressait. On avait décidé que je partirais en juin, pour me donner la chance de me trouver un appartement et ne pas déménager en hiver. Comme la journée du déménagement est habituellement le 1er juillet, ce serait aussi plus facile pour moi de trouver quelque chose.

S m’avait dit qu’il ne l’amènerait pas à la maison et il me demandait la même chose de mon côté, si jamais je rencontrais quelqu’un. Pour moi c’était l’évidence même et ça faisait bien mon affaire. Je n’avais surtout pas envie de tomber face à face avec l’autre, à ce moment là je l’aurais dévisagé avec mes poings ! J’avais tellement de haine envers elle que je n’avais aucune idée de ce que j’aurais pu lui faire.

Tout était calme entre S et moi et malgré toute la peine que j’avais, ça se faisait dans le respect. Jusqu’au 27 janvier… ce jour là, S est devenu officiellement le chum de l’autre et à partir de ce jour là, mon calvaire a commencé ! Quand S me parlait, c’était à peine s’il ne m’envoyait pas chier. Il était bête comme ses pieds, n’avait pas de patience envers moi et son comportement a changé radicalement à partir de ce jour là.

Quelques jours après, il me dit qu’il aimerait que l’autre vienne dormir à la maison, qu’il en avait assez de faire le trajet pour aller chez elle (elle habitait 45 min de la maison). Non mais quel culot ! Ai-je bien entendu ?! Pincez-moi quelqu’un, c’est sûr que je rêve !! Pour moi, c’était hors de question, j’étais hors de moi, je n’arrivais pas à croire qu’il ait pu me demander un truc pareil. Je me souviens de lui avoir répondu « si tu la rentres ici, je te jure S que je la sors à coup de pied dans le cul ». La crise qui a suivi… oufff ! « C’est chez moi ici, autant que chez vous, j’ai le droit d’amener qui je veux, t’as rien à dire là dessus ». J’en revenais pas ! Heureusement pour elle, elle n’a jamais mis les pieds à la maison. En tout cas, pas pendant que j’étais là, si elle est venue à la maison, moi je n’y étais pas et je ne l’ai jamais su.

Par la suite, S s’amusait à me chercher et me faire enrager. Sa folle, comme je l’avais surnommé, l’appelait pour jaser et il parlait de moi au téléphone. Je me souviens qu’un soir, je regardais la télé et il y avait un spectacle de Juste pour rire qui jouait. Je suis partie à rire et l’autre a du lui demander ce que j’avais à rire parce que S a répondu que je regardais la télé. Ce soir là je suis carrément sorti de mes gonds. Je lui ai répondu que c’était pas des ces câlisses d’affaires ce que je faisais et qu’il avait aucun droit de parler de moi avec elle. S est parti à rire en lui répondant « oups, je pense qu’elle est fâchée », avec le grand smile dans face.Je l’aurais tué sur-le-champ.

Je le trouvais tellement ignoble, immonde ! Il faisait carrément tout pour me narguer, me faire sortir de mes gonds. Et une fois que c’était fait, il me garrochait en pleine face que je n’avais pas changé, que j’étais toujours la même, toujours aussi soupe au lait et que je passais mon temps à gueuler. J’ai passé un période tellement difficile, psychologiquement… Ça été une des pires périodes de ma vie.

On devait maintenant discuter de la maison, décider qui de nous deux garderait la maison ou si on la vendait. Quand on a acheté la maison, c’est S qui s’était chargé de la mise de fonds, du notaire et tout et tout. Alors j’ai proposé à S de me rembourser les paiements que j’avais faits sur la maison, qui montait à un peu plus de 5 000$, que je lui laissais tout et que je partirais seulement avec mon lit, mes bureaux (qui m’appartenaient depuis que j’étais bébé), mes effets personnels et tout ce que j’avais reçu en cadeau depuis qu’on était ensemble. On avait acheté tous les meubles ensemble mais je lui laissais tout. Je me suis fait carrément traiter de folle avec comme réponse qu’il allait prendre quelques jours et me revenir avec une autre proposition.

Une semaine après, il me dit qu’il aimerait discuter avec moi. On s’assoit donc au salon et il me propose 3 choix. Il avait l’air d’un avocat, avec sa pile de papier et de documents imprimés. Je n’arrivais tout simplement pas à croire que c’était bien S qui était assis à mes côtés. Quand il me détaille les 3 choix qu’il m’offre, je n’en crois tout simplement pas mes oreilles ! Pincez-moi, c’est évident que je rêve !

Choix 1 : Il me remet le montant de 5 000$ que j’ai mis sur la maison mais me charge un loyer pour les mois nous avons habité ensemble. Il me montre des maisons qu’il a trouvées sur internet, semblable à la nôtre, avec garage (yeah right, c’est sûr que c’est moi qui le voulais le garage, hen !) et me dit que ça vaut environ 850$ par mois, multiplié par 17 mois qu’on a la maison. Split ça en deux, ça fait 7 225$, ce qui fait qu’au bout du compte, je lui devrais 2 225$. Et toujours en terminant c’est choix, il ajoute cette petite phrase « Alors on s’entend tu que c’est pas le meilleur choix ?! ».

Choix 2 : On a payé la maison X$, il nous reste Y$ à payer sur l’hypothèque. On revend la maison le même prix (selon lui, la maison n’avait pas pris de valeur. J’avais fait mes recherches de mon côté et la maison avait pris environ 7 000$ de valeur). À ce montant, on enlève 7% de commission pour le vendeur, on rembourse l’hypothèque, ce fait qu’on était dans le trou d’environ 10 000$. On split le montant en deux, alors on est dans le trou de 5 000$ chacun. « Alors on s’entend tu que c’est pas le meilleur choix ?! ».

Choix 3 : Il rachète la maison au même montant qu’on l’a payé, rembourse l’hypothèque et on se partage les profits à 70/30. (Tiens donc toi ! Les profits sont divisés au prorata de ce qu’on a payé chacun sur la maison, mais pas le déficit !) Avec cette option, il me doit environ 1 200$. « Alors on s’entend tu que c’est la meilleure solution pour toi ?! ».

Je l’écoute et je n’en crois pas mes oreilles. Et monsieur veut une réponse pas dans une semaine comme lui a eu le temps de se préparer, non… il veut une réponse maintenant !

Je n’ai pas commenté du tout, j’ai seulement posé des questions. M : Qui va payer pour mon déménagement ? S : Toi. Je peux par contre te trouver un trailer si ça peut t’aider. M : Qui va payer pour les rebranchements télé, téléphone, électricité ? S : Ben là, c’est toi qui déménage, c’est à toi à débourser pour ça.

Après quelques questions comme ça, j’ai donné ma réponse. J’étais endetté de plus de 8 000$ depuis que j’étais avec lui. Selon moi, le fait qu’il reste dans la maison, ça valait un certain prix. Quand on a commencé à chercher pour une maison, on a fait des tonnes de visites avant de trouver. Alors juste ça, pour moi ça avait une certaine valeur. Ensuite le déménagement, on avait du louer un camion pour déménager, c’était encore des frais qu’il « sauvait » en restant ici. Ramasser des boîtes, paqueter le stock, trouver une maison, déménage…

Alors j’ai répondu que ses propositions n’avait aucun bon sens pour moi, que je n’acceptais aucune des 3. Que j’étais endetté déjà de 8 000$ et que pour moi, l’être de 8 000$ ou de 13 000$, ça ne faisait aucune différence dans ma vie. Que tant qu’à faire rire de moi comme ça, je préférais m’endetter encore plus et avoir au moins la satisfaction de le voir travailler de son bord lui aussi. Le voir dépenser encore plus d’argent que ce que je lui proposais. Je lui ai expliqué que dans ma tête, le fait qu’il n’ait pas à chercher une maison, à faire des boîtes, déménager, ne pas payer de rebranchement parce qu’il reste au même endroit, ça avait certainement une valeur monétaire.

Je me suis encore une fois fait traiter de folle… mais je ne changerais pas de décision. C’était hors de question que monsieur se ramasse dans ma maison, avec sa folle, en me laissant dans la rue, endetté comme jamais. Que je me tape un déménagement mais pas lui. Que j’aie à débourser mais pas lui. No way…

Quelques jours plus tard, il me dit finalement qu’il accepte ma proposition, que ça fait son affaire et que ça du bon sens. Tiens donc ! Il n’y a pas une semaine je me faisais traiter de folle et maintenant, ma proposition est pleine de bon sens.

Fin février, on avait une course. On en avait eu une en janvier et ça c’était bien passé, c’était avant que leur relation devienne officielle. La course de février a été l’enfer ! Je fais de la course depuis 2002 comme copilote. J’adore ce sport, c’est une vraie passion dans ma vie et j’ai toujours pris plaisir à participer à divers événements. J’en mange carrément ! Mais ce week-end là, je ne me suis pas amusée du tout. Il me criait dessus dans la voiture, ce qui n’était jamais arrivé avant. J’ai décidé que c’en était assez.

On avait discuté de l’équipe de course et S voulait que je reste comme copilote. Dans notre sport, il y a un grand manque de copilote et ce n’est pas facile de trouver quelqu’un de fiable. Je m’occupais du site Internet, de toute la logistique entourant les courses, je faisais la recherche de commanditaires, trouvais les mécanos pour aider S à parfaire la mécanique et j’écrivais les communiqués de presse d’avant et après course. Évidemment, en me gardant dans l’équipe, il s’assurait de garder tout ça.

Sauf que moi, j’en avais assez. Avec la course qu’on venait d’avoir, je ne voulais plus du tout courser avec lui ! J’adorais mon sport et c’était hors de question que je me fasse chier à nouveau, pour n’importe quel pilote. J’ai donc fait mes recherches de mon côté pour trouver un pilote qui voudrait participer au championnat auquel je participais. Il y avait des frais d’inscription au championnat de 1 000$ et ce ne serait pas une tâche facile que de trouver quelqu’un. Finalement, un gars avec qui j’avais déjà fait une course auparavant m’a dit qu’il avait entendu dire que P se cherchait peut-être un copilote. Je contacte P, c’était un gars que je connaissais déjà. Quelques jours plus tard, P me rappelle en me disant qu’il me veut comme copilote et qu’il est prêt à s’inscrire pour la prochaine course. J’ai donc avisé S que je ne participerais plus avec lui.

Encore là, ça été la crise. J’avais joué dans son dos, je le laissais dans la merde et il n’avait pas beaucoup de temps pour trouver un autre copilote. C’était le dernier de mes soucis ! Quand on veut garder quelqu’un dans notre équipe, on ne le traite pas comme de la merde. Pour moi c’était une certaine vengeance, je savais que l’équipe de course lui tenait à cœur et j’avais visé dans le mille, je savais que ça l’affecterait.

Je devais partir seulement à la fin du mois de juin mais plus ça allait, pire c’était avec lui. C’était devenu insupportable. Une semaine après la course, j’ai décidé que j’avais assez enduré, je devais partir au plus vite…