Le journal de M

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Vendredi 16 Mai 2008 à 8h16

Décembre 2005. Ça fait déjà un bon moment que j’y pense et ma décision est prise. J’en ai discuté avec S et il m’encourage dans mes démarches. Je prends le téléphone, repose le combiné. J’ai des papillons dans le ventre, je suis tellement nerveuse, j’ai envie de vomir. Je prends de grandes respirations, je me dis tout haut que tout va bien aller. S est assis à côté de moi et m’encourage du regard. Je reprends le combiné dans mes mains, compose le numéro et ça sonne. Le temps s’arrête, je n’entends plus que la sonnerie résonner dans ma tête. Un coup, deux coups, 3 coups… ça décroche… j’arrive pour parler, c’est le foutu répondeur qui embarque ! J’ai pensé mourir sur-le-champ !

Une heure plus tard, même manège. On est en soirée, il est plus de 20h. À chaque essai, j’ai les trippes qui veulent me sortir du corps tellement j’ai la trouille. Et chaque fois que le répondeur décroche, le cœur me fait 3 bonds. Il est 21h, j’essaye une autre fois. Encore le répondeur. À 22h, un autre essai. Ça sonne… comme toutes les fois d’avant. Je m’attends à ce que le répondeur embarque mais non ! C’est lui qui répond. Le temps s’arrête quelques secondes… Je demande pour parler à Y, il me répond que c’est lui. Je réponds seulement « C’est M » et un gros silence s’installe.

Il est trop tard, je ne peux plus reculer. Je ne sais pas trop par où commencer, je bégaye et je cherche mes mots. Je lui explique que j’aimerais le rencontrer pour discuter, que pour le moment j’ai l’intention de ne le rencontrer qu’une seule fois et que je comprendrais si pour lui c’était trop douloureux et me dise qu’il préfère ne pas me rencontrer.

Il veut me rencontrer dans un lieu public et moi je préfère que ce soit quelque part où on pourra discuter à l’abri des regards. Je lui propose une rencontre chez ma cousine. Il me demande de lui écrire une lettre pour avoir une preuve que c’est moi qui suis entré en contact avec lui. Dix ans auparavant, j’avais contacté un avocat pour lui interdire d’entrer en contact avec moi parce que je me sentais menacée. Ça devient trop compliqué pour moi, je n’ai nullement envie de faire cet effort et je lui laisse clairement savoir. C’est à prendre ou à laisser… Il m’explique qu’il ne voudrait pas aller en prison si tout ça tournait mal et que je décidais de faire une plainte contre lui.

Je lui propose donc une alternative qui fera son affaire et qui ne me demandera pas un effort que je ne veux pas faire. Mon oncle, le frère de mon père, est marié avec la cousine de la femme de Y. Cette situation a toujours causé bien des remous dans la famille parce que ma mère disait que ma tante nous épiait lorsqu’on venait visiter notre famille pour aller tout raconter à Y. Si ma tante avait un appareil photo dans les mains, ma mère faisait inévitablement une crise et s’arrangeait pour que je ne sois jamais photographié par eux pour ne pas que Y puisse avoir de photos de moi.

Je lui propose donc d’appeler mon oncle pour lui dire que je l’avais contacté et mon oncle (qui travaille avec Y) l’appellerait à son tour pour lui dire qu’il est au courant. De cette façon, il aurait un témoin qui pourrait affirmer que c’était moi qui l’avait contacté. Je lui donne donc rendez-vous chez ma cousine, quelques jours plus tard.

J’ai raccroché le téléphone et mon cœur battait la chamaille. Je l’avais fait ! Je lui avais parlé ! Je n’en revenais toujours pas… J’avais hâte à cette rencontre mais du même coup, je l’appréhendais énormément. Je n’avais aucune idée comment j’allais réagir et tout ça se passait après ma transformation avec moi-même, après avoir pris conscience de plein de choses vis-à-vis de moi. Cette épreuve serait pour moi l’ultime test pour savoir si j’avais réellement changé comme je le sentais à l’intérieur de moi.

Je savais d’avance que ça allait brasser toutes sortes d’émotions à l’intérieur de moi mais je ne savais pas de quelle façon. Cette rencontre serait-elle positive ou négative ? Serais-je capable de mettre l’idée préconçue que j’avais de lui de côté pour écouter ce qu’il avait à me dire ? Saurais-je garder mon calme lorsqu’il me parlerait de ma mère et de ce qui s’est passé avant ?